L’eau déversée par les lances cause souvent plus de dégâts que les flammes : infiltrations, humidité qui s’installe, moisissures, résidus de suie. Dans un logement, ces dommages sont pris en charge au titre de la garantie incendie, à condition de les documenter et de limiter leur aggravation. Chez un professionnel, les eaux d’extinction polluées doivent être retenues sur place pour ne pas rejoindre le milieu naturel. Selon que vous habitez une maison, un appartement en copropriété ou que vous gérez un local d’activité, les gestes utiles ne sont pas les mêmes. Une erreur commise dans les premiers jours peut réduire votre indemnisation.
En bref
- Les frais d’assèchement, c’est-à-dire la location de l’appareil et l’électricité qu’il consomme, entrent dans votre état de pertes.
- L’intérieur d’une cloison peut demander une vingtaine de jours pour sécher.
- Un bassin de rétention se calcule sur une autonomie minimale de deux heures d’extinction.
- Dans la métropole, Eau de Toulouse Métropole gère à la fois l’eau et l’assainissement.
Pourquoi l’eau d’extinction abîme parfois plus que les flammes
L’eau ne reste pas dans la pièce qui a brûlé. Elle traverse les planchers, descend à l’étage inférieur et s’infiltre dans les doublages en plâtre et les isolants, où elle stagne. Pensez à une éponge : sa surface sèche en deux jours, mais son cœur reste humide pendant des semaines. Cette humidité enfermée fait gonfler les parquets, décolle les enduits et nourrit les moisissures.
Il ne s’agit pas non plus d’eau propre. En brûlant, les plastiques dégagent de la suie et des particules chlorées qui se glissent jusque dans les serrures, les tiroirs et les appareils électroniques. L’eau d’extinction les dissout puis les dépose partout où elle s’écoule. Sur les sinistres que j’accompagne, je fais souvent le même constat : une pièce à peine touchée par le feu peut être la plus longue à remettre en état, parce que l’eau chargée a tout imprégné.
Après le départ des pompiers : les bons réflexes dans un logement toulousain
Commencez par ne rien remettre sous tension. Faites d’abord contrôler le tableau électrique, car l’eau a pu atteindre les prises et les boîtes de dérivation.
Sécuriser, photographier et déclarer le sinistre à l’assureur
Avant de déplacer quoi que ce soit, photographiez et filmez chaque pièce, plafonds et sols compris, y compris celles que le feu a épargnées. Les dégâts causés par l’eau des pompiers relèvent de la garantie incendie, même quand les flammes ont fait peu de dommages. Si vous avez déclaré le sinistre dans l’urgence sans parler de l’eau, préparez pour l’expert un état de pertes : la liste chiffrée de tout ce qui a été perdu ou abîmé (murs, parquet, meubles, linge, nettoyage, perte d’usage). Gardez les objets endommagés et leurs factures.
Relisez aussi votre contrat. En valeur à neuf, vous êtes remboursé sans déduction pour usure, franchise mise à part. Si le contrat tient compte de la vétusté, beaucoup appliquent un seuil d’usure de 25 %. En copropriété, prévenez le syndic tout de suite, car les parties communes et l’appartement du dessous feront l’objet de leurs propres déclarations. Si le chiffrage vous paraît trop lourd, un expert d’assuré peut vous représenter. Vérifiez si votre contrat prend ses honoraires en charge.
Assécher vite les pièces détrempées avant l’expertise
L’assèchement fait partie des mesures conservatoires que l’assureur attend de vous. Pompez ou aspirez l’eau stagnante, puis sortez les tapis et textiles détrempés après les avoir photographiés. Aérer ne suffit pas à sécher le cœur des matériaux. Pour y parvenir, un déshumidificateur de puissance professionnelle est nécessaire, et la Location de Déshumidificateur en Haute-Garonne vous permet de démarrer sans attendre la visite de l’expert. Conservez la facture et relevez le compteur électrique, car ces frais s’ajoutent à votre état de pertes. Soyez patient : l’intérieur d’une cloison peut demander une vingtaine de jours pour sécher. Ne repeignez rien et ne refermez aucun doublage avant ce délai, sinon les moisissures réapparaîtront sous la peinture neuve.
Eaux d’extinction polluées : où partent-elles dans l’agglomération ?
L’eau qui ruisselle d’un incendie suit l’un de deux chemins. Le premier est le réseau d’eaux usées, qui mène à une station d’épuration. Son traitement repose en bonne partie sur des bactéries, et une arrivée brutale d’eau chargée de suies, d’hydrocarbures ou de produits chimiques peut le perturber. Le second est le réseau d’évacuation des eaux pluviales, auquel sont souvent reliés les avaloirs de chaussée et les grilles de cour. Cette eau rejoint les ruisseaux puis la Garonne sans aucun traitement.
Ce réseau est géré par Eau de Toulouse Métropole, devenu l’interlocuteur unique pour l’eau et l’assainissement à partir du 1er janvier 2020, puis étendu à d’autres communes au 1er janvier 2024. À Toulouse seulement, il dessert 509 200 habitants selon l’Observatoire Sispea. En tant que particulier, ne rincez pas les suies au jet vers une grille. Si un produit s’est déversé dans le réseau (fioul, bidons stockés au garage), signalez-le.
Entreprises et sites à risque : retenir les eaux d’extinction sur place
Pour un professionnel, la règle est de confiner les eaux d’extinction jusqu’à leur analyse, puis de les faire évacuer par pompage et curage vers une filière adaptée. Un bassin de rétention des eaux d’extinction se dimensionne selon quatre critères :
- Volume de stockage : il dépend des besoins en eau d’extinction du site, avec une autonomie minimale de deux heures exigée par le SDIS.
- Matériau : il doit résister aux agressions chimiques comme aux contraintes mécaniques, et rester étanche dans la durée.
- Implantation : le terrain et les contraintes du site orientent le choix entre un ouvrage enterré et un ouvrage aérien.
- Accessibilité : le bassin doit être visitable pour les inspections et le curage, et un camion doit pouvoir y accéder.
Un petit atelier ou un commerce dispose rarement d’un bassin. Une vanne d’obturation sur la sortie pluviale, des obturateurs de regard et des cuves mobiles assurent une rétention de dépannage. Le jour du sinistre, indiquez aux sapeurs-pompiers de Haute-Garonne où se trouve cette vanne : en intervention, cette information fait gagner un temps précieux.
Qui contacter à Toulouse selon la situation
- Maison individuelle : votre assureur, un électricien, puis une entreprise de pompage si le sous-sol est inondé.
- Appartement en copropriété : le syndic et votre assureur, puis le voisin du dessous.
- Local d’activité : votre assureur multirisque professionnelle, et Eau de Toulouse Métropole (numéro unique, accueil au 3 rue Alsace-Lorraine) si des eaux polluées ont gagné le réseau.
- Hors métropole : Réseau31 gère l’assainissement dans de nombreuses communes du département. Pour les cours d’eau du bassin de l’Hers et du Girou, l’interlocuteur est le Syndicat du Bassin Hers Girou.
Dès cette semaine, ouvrez votre contrat habitation ou professionnel et repérez trois éléments : la garantie incendie, le montant de la franchise et le mode d’indemnisation (valeur à neuf ou vétusté).
FAQ
L’eau utilisée par les pompiers est-elle prise en charge par l’assurance habitation ?
Oui. Les dommages causés par l’eau d’extinction relèvent de la garantie incendie de votre contrat multirisque habitation, et non d’une garantie dégât des eaux séparée. Le montant remboursé dépend du mode d’indemnisation (valeur à neuf ou vétusté) et de la franchise. Les frais engagés pour limiter les dégâts, comme l’assèchement, peuvent aussi être remboursés s’ils étaient utiles et justifiés par des factures.
Les eaux d’extinction d’un incendie sont-elles dangereuses pour l’environnement ?
Elles peuvent l’être. Elles transportent des suies, des résidus de combustion et parfois les produits stockés sur place. Si elles passent par une grille d’eaux pluviales, elles atteignent les cours d’eau sans traitement. C’est pourquoi les sites à risque doivent les retenir dans un bassin ou des cuves, puis les faire évacuer par pompage vers une filière adaptée.
Pendant onze ans, j’ai été sapeur-pompier volontaire dans un centre de secours rural. Je me suis ensuite reconvertie en bureau de contrôle, où je réalise des vérifications d’installations et des audits de conformité DAAF en logements collectifs. Titulaire d’une licence professionnelle Hygiène-Sécurité-Environnement et de l’habilitation SSIAP, j’accompagne aujourd’hui bailleurs et particuliers en consultation indépendante. J’écris ici pour transmettre une information fiable, sourcée et débarrassée du jargon commercial.


